lundi 4 février 2008

C'est aussi ca, vivre a new york





Dadaaam!
je disparais pendant 2 mois, histoire de me faire oublier -une sombre histoire de dette de jeu- et pouf je reapparais.
La pression populaire aura eu raison de mon incognito. Bon je suis contente de reprendre le clavier et ma description de NYC.

Au cours de ces deux derniers mois, j'ai eu l'occasion d'apprendre mille choses, notemment comment faire un lancement presse mondial.
C'est extremement ronflant, mais ca veut juste dire, preparer le meilleur lechage de bottes possible pour obtenir ce qu'on veut des magazines. C'est, evidemment, tres complique et a mon avis seuls les gens qui ont fait Saint Cyr ou genre les Mines devraient pouvoir etre attache de presse (ce qui serait probablement le cas s'ils n'etaient pas si ringues).
En gros, il faut quadriller le terrain, le diviser en zones de marches, puis identifier la cible mais aussi l'anticiper, construire un contenu a lui donner en pature, et l'arroser genereusement de cadeaux hors de prix. Tout en faisant un foin considerable autour de l'affaire. Ca peut paraitre ridicule si on compare ca avec de la recherche neurobiologique, mais s'il n'y avait pas de magazines, et juste de la recherche neurobiologique le monde serait bien triste. En bonne sante certes, mais bon.
Heureusement, et aussi parce que je n'ai pas (encore?) fait Saint Cyr, je ne fais pas ca toute seule. Donc voila, on organise un voyage aux Iles Vierges, on distribue des babioles a $200 comme si c'etait des chewing gums (des chewing gums VIP) et on supplie d'impitoyable fashionatas aux dents longues et acerees, purs sangs new yorkais, de bien vouloir nous accorder une story sur leur site ou un encart dans leur feuille de chou.
Enfin globalement c'est rigolo.
Parfois, on se croirait dans un episode de Gossip Girl. Par exemple, quand vous demandez a une nana pour quel magazine elle travaille et qu'elle vous repond comme si vous etiez la plus miserables des godiches que c'est pour "Vogue, evidemment".
Ces filles la sont extremement suceptibles, et tres exigeantes. Elles portent en fringues l'equivalent du PIB d'un petit pays, sont encore plus minces que la plus mince de vos copines, sans oublier qu'elles sont assez puissantes pour avoir la capacite de vous casser violemment les.. pieds. Mais bon, vu le monde dans lequel elles evoluent je ne sais pas si elles ont vraiment le choix. Je peux vous assurer que ces salles de redactions sont bien pires qu'un camp d'entrainement du Mossad (les cadeaux types corbeilles de fruits mis a part).

Parfois, au cours des durs apres midi de frenesie au boulot, je suis amenee a aller chercher moi meme quelque chose de precis (une plume d'autruche zebree, un caliquot sonore, une flute a six schtroumpfs..) in the City.

New york est en permanence busy. Mais parfois, c'est encore pire.
Genre quand il neige, pleut violemment, entre 4 et 5h, c'est impossible de trouver le moindre taxi ou d'esperer la moindre soldarite avec quiconque. Les voitures vous eclaboussent, les gens vous pietinent, vous ne trouvez pas de taxi et vous etes completement en detresse. Vous prenez le metro, lui aussi bonde car c'est l'heure de pointe et tous les banlieusards du New Jersey rentrent chez eux.
Au debut, quand vous etes un jeune new yorkais encore un peu candide, vous attendez la rame suivante quand le metro est blinde (s'il pleut ou s'il neige, le metro de Gotham ne marche pas tres bien), car vous ne voyez pas l'interet de pietiner cette petite vieille au regard vitreux, qui a survecu assez heroiquement dans cette jungle pour en devenir respectable.
Mais rapidement, vous vous rendez compte que la petite vieille ne fera pas de quartier si la rame est pleine et qu'elle doit rentrer chez elle nourrir ses 24 chats. Elle vous bousculera en maugreant et vous verrez, de pres, que ses yeux ne sont pas vitreux, mais impitoyables.
Alors dans la rame bondee vous apprenez a etouffer un peu plus la petite vieille pour rentrer aussi. Et vous vous dites qu'elle a fait ca auparavant pour survivre, et ainsi a fait sa mere, et sa grand mere avant elle, et toute sa famille depuis qu'ils sont arrives a Ellis Island et qu'ils ont du prendre le metro a l'heure de pointe quand il neigeait.

D'ordinaire respectueux et relativement sympathiques (en tout cas par rapport aux parisiens, cette meute de coyotes assoiffes), les new yorkais deviennent donc des sauvages en temps de crise. Il pleut des litres et vous avez besoin d'un taxi en plein midtown vers 17h? Vous etes cuit. Enfin trempe, mais cuit aussi.
Vous avez deux solutions; soit vous vous jetez sur le premier taxi, meme occupe, pour qu'il s'arrete, vous vous precipitez sur le(s) passagers, les foutez dehors et menacez ou soudoyez le chauffeur pour aller a votre destination. Avec un peu de chance, il n'aura pas d'arme, et vous irez en prison pendant 40 ans.
Sinon, vous appellez une limousine.
Serieusement! Bon, je ne pourrai pas franchement me le permettre si ce n'etait pas la boite qui s'en occupait. Mais parfois, quand on a pas le choix, on affrete une limo pour nous aider a faire notre shopping. C'est assez sympa.
Globalement, les chauffeurs de ces compagnies privees sont encore moins gentils que les chauffeurs de taxis jaunes -ce qui est deja difficile- Mais ils vous attendent patiemment alors que vous sautillez de spot en spot (ou plus vraisemblablement que vous haletez sous la pluie, coincee entre les portes a battants de Macys, des paquets pleins de calicots sonores et de flutes a six schtroumpfs).
Et c'est alors, a ce moment de la matinee, ou en debut d'apres midi, qu'on apercoit un phenomene particulier, propre a Manhattan.
Alors que dans les buildings de la ville fourmillent des millions de personnes qui travaillent, vont a l'ecole et s'affairent, en parallele le long de Park avenue, de la 5e ou dans Soho on voit des limousines qui passent, s'arretent, attendent et repartent.
Elles transportent les fragiles et merveilleusement riches oisives de New York, les Manhattan Princess. Les petites, petites fillottes des Vanderbilt et autres Astor, qui s'adonnent paisiblement a leur routine, a savoir l'achat massif de Choses Tres Cheres. Ce que nous mettons plusieurs annees a acheter avec fierte, elles l'ont deja en 5 couleurs differentes. Que ce soit des sacs ou des maisons.
Quand il est 10h30 le matin et que vous voyez entrer chez Vuitton une nana que les vendeurs acclament et venerent silencieusement, regardez si derriere elle il n'y a pas une Lincoln noire. Si c'est le cas, c'est certainement la fille d'un avocat richissime ou d'un mogul des medias. Une veritable MP.
(Si elle porte un sac plein de flutes, en revanche c'est moi).
Aucun doute que ces filles n'ont jamais eu a compresser de petite vieille a l'heure de pointe. Ou qu'elles se sont battues dans des flaques de neige pour un taxi.
Elles n'en sont pas moins new yorkaises, et elles font partie du folklore, un peu comme les bouches d'egout qui fument, les portiers en uniformes et les etouffeurs dans le metro.
That's the City.