
An artist's view of the "big bang" theory of the origin of the Universe. LAPP, Particle Physics Laboratory at Annecy-le-Vieux, France
C'est comme ca que tout a commencé pour moi, de la ou je vous ecrit.
Part 1
Les yeux chauds, les mains moites, les chevilles flageolantes, je tendais mon billet à la belle indienne habillée en bleu marine qui ne prenait pas vraiment la peine de me regarder. Alors que l’hôtesse de l’air du vol Air India 732 de 14h30 enregistrait mon honorable présence sur le Paris-New York du 18 septembre 2007, je me disais que je n’étais pas vraiment prête à partir.
J’avais obtenu mon visa de justesse quelques jours auparavant, seulement. Je n’étais pas encore remise de mon départ du Luxembourg, a peine 3 semaines avant. La fête donnée pour mon départ m’avait laissé un mal de crâne assez violent et un arrière goût de nostalgie que je n’avais même pas eu le temps de cultiver en larmoyant. Je n’avais pas vraiment dit au revoir à ma maman, j’étais certaine d’avoir fait mes valises n’importe comment. Je n’avais toujours pas recouvré ma caution de mon ancien appart. J’étais encore dans les vapeurs joyeuses du mariage de mon frère, et je n’avais pas fait de provisions suffisantes de lentilles de contact. Ma sœur Bérengère m’avait emmené à l’aéroport, et comme une voiture s’apprêtait à nous klaxonner alors que je lui disais au revoir, j’avais oublié de prendre mon téléphone. Je commençai un nouveau travail dans 2 jours et je ne m’étais pas du tout renseignée sur mon futur employeur. Je n’avais pas été chez le coiffeur. Ma banque n’était pas au courant que je partais resider hors de la zone euro.
Je ne suis pas prête du tout, c’est ridicule, pensais-je en entrant dans l’avion. Autour de moi, les gens semblaient si surs d’eux, pleins d’entrain a l’idée de frayer leur chemin à travers le monde, aussi naturellement que d’aller aux toilettes. Mon désoeuvrement, en comparaison, me paraissait tellement énorme que j’avais envie de m’arrêter au milieu d’eux, et, dans un geste aussi puéril qu’inutile, me mettre a chouiner que je voulais rentrer à la maison et oublier toute cette histoire de déménagement.
Comme une grande fille, je pris sur moi et m’installai dans mon siège en espérant qu’un violent orage clouerait tous les avions au sol pendant disons une semaine.
Sur le tarmac de Roissy, le ciel était parfaitement bleu.
Nerveusement, je demandai au steward une petite bouteille de vin. Il ne comprit rien et m’en donna deux, pour mon plus grand bonheur.
L’avion est parti à l’heure.
Part 2
Incapable de fermer un œil durant le vol, je regardai, hagarde et un peu envieuse, les 3 indiens qui roupillaient paisiblement depuis bientôt 8 heures, enfoncés dans leurs rêves comme je l’étais dans mes craintes.
Pour tuer le temps, je repassais en boucle la totalité des choses qui pouvaient mal se passer une fois que j’arriverai à New York
a) Je pourrai me faire voler mon passeport, ou me retrouver accusée de fraude contre l’Etats américain, puis emprisonnée dans une geôle en Floride, habillée en orange, dormant sur mes chaussures, à essayer de téléphoner à ma mère pour lui demander d’appeler l’ambassade pour qu’ils m’envoient un avocat hors de prix, un peu comme dans Midnight Express (sauf que bien sûr je ne portai pas de drogue sur moi, mais au fond les douanes ont-elles vraiment besoin d’une raison pour embastiller les voyageurs ? Qui connaît vraiment les tenants et aboutissants de la convention de Varsovie ?)
b) Je pourrai arriver sans trop d’encombres et retrouver comme prévu, l’HI à Union Square. Il serait un peu étrange, mais je mettrai ça sur le stress et la joie de me retrouver. On irait dîner dans un petit restaurant tout simple que je trouverai super romantique, mais pendant le repas son téléphone sonnerait et il raccrocherait vite, en rougissant. Et alors je saurai qu’il y en a une autre, alors je me mettrai à couiner et ferai un drame en quittant le restaurant avec mes 5 énormes valises. L’Homme Idéal serait trop ennuyé pour me rattraper. Je passerai le reste de la nuit dans une auberge de jeunesse crasseuse dans le Lower East Side, à me ronger les ongles et à me demander à partir de quand je peux légitimement déclarer que tout ça est un cauchemar.
c) Même si j’arrivais sans encombre et que je retrouvais un HI amoureux et heureux de me voir, je pourrais découvrir que mon travail est en fait minable et que mon employeur m’aurait menti. Je serai obligée de trier du courrier dans un sous-sol poussiéreux, entouré de portoricains qui se moqueraient de moi en espagnol et feraient exprès de ne pas parler anglais. Un peu comme dans les Misérables.
Je songeai aussi à mes chevilles qui gonflaient lentement du fait de l’altitude et du manque de mouvements. Les rares fois ou j’avais osé déranger mon voisin paisiblement endormi pour aller aux toilettes, j’avais eu peur de tirer la chasse et de créer un trou d’air par accident (et donc de tuer 350 personne, dont moi), sans compter qu’une femme, qu’aggripaient 3 enfants au regard hostile et a la morve fraîche, tambourinait systématiquement a la porte au bout de trente secondes, pensant certainement que son pass VIP-maman l’autorisait a considérer les toilettes comme ses appartements privés, et quiconque y entrait comme un malotru patenté.
Au bout de sept heures remplies de films Bolywoodiens et de plusieurs mignonnettes de cotes du Rhône 1999, l’avion commença a baisser d’altitude et le soleil radieux n’avait pas décollé mon hublot; autrement dit je n'avais pas dormi du tout. Mais tandis que je survolais ce que je pensais être le Canada, ou, au fur et à mesure que l’avion descendait, l’état de New York, puis la ville qui soudain est apparue luisante dans le ciel de septembre. Plein de bleu et de gris, de lumières, enfin comme dans les posters.
L’avion s’est posé a l’heure, dévidant les passagers dans les tubes de verres de Newark. Un blason des Etats-Unis, avec un aigle à l’air peu amène, nous accueille dans l’impressionnant hall des douanes de l’aéroport. Entre un homme d’affaires grassouillet suintant à grosses gouttes et une vieille dame drapée dans des châles mauves, je hissais mon embarcation (une grosse valise de 800 kilos et un sac a dos de scout, un peu moche et crasseux, plus environ 3 autres petits sacs bourrés à bloc et pas pratiques, et mon ordinateur poussif) vers le bureau des douanes.
L’agent, assez intimidant avec son képi digne de Chips et son pistolet dans la poche, prit le soin de me faire une blague que je ne compris pas, ayant la trouille de le voir m’annoncer en rigolant que je devais retourner en France pour non-conformité. Rassurée de voir le tampon apposé sur mon passeport, et galvanisée par ma nouvelle identité de résidente américaine, je m’empare de mes 5 monstrueuses valises et manque de m’effondrer sur le sol, devant les tapis des bagages. Je suis a bout de forces, au bord du gouffre, et comme qui dirait angoissée de me voir arrivée dans ma nouvelle vie, mais je parviens a ramper a la rencontre d’un taxi, qui me dépose a Union Square.
C’est l’été, union square est affairé, des passants, des voitures, du soleil.
Mon taxi dépose mes bagages à cote d’une cabine chauffée par le soleil et là j’appelle l’Homme des Halles.
J'attend a peine. Il arrive, vient à ma rencontre.
Je me dis que je n'ai pas le temps de verifier mon maquillage et ca m'ennuie de ne pas lui faire honneur.
Avec son pas assure d'homme Ideal, parfaitement calibre a ma personne, il s'approche et me prend dans ses bras, au milieu de la ville et des pots d'echappements, des fleurs du parc et des odeurs de kebab.
Et la, en fait tout va bien.
Au diable la banque, les impots, mon employeur ou les chasseuses d'HI, je suis la avec lui.
Malgre mes chevilles gonflees par les 10 heures de voyage, mes cheveux en tortillons et le contrechoc du stress, je me sens au top. Je suis la Fille La Plus Heureuse Du Monde.
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